" MARIE BATAILLE auteur littérature jeunesse, livres pour enfants, presse, roman feuilleton

Lundi Chou farci du 29 octobre : Cimetière


Photo Claude Degoutte



Cimetière

Papy Louis a cassé sa pipe. Mamy Jeannette a beaucoup de mal à s'en remettre mais elle a charge d'âme. Faut qu'elle tienne le coup. Y a Bilou qui va sur ses 36ans en âge chien, Lulu le chat qui vient de fêter ses 8 ans normaux et puis au fond du jardin, Raymonde, 108 ans en âge tortue. Ca fait du monde à nourrir, dorlotter, engueuler, sortir, rentrer, perdre et chercher.
        Heureusement, Bilou est obéisssant. Raymonde, par contre, est une tête de mule . Quant à Lulu, il est complètement déjanté. A son âge ça lui arrive encore de grimper aux double-rideaux et de courser une mouche en renversant tout sur son passage. Mamy Jeannette a charge d'âme...
          Bref, c'est bientôt Toussaint. Et voilà que quand Mamy Jeannette s'est préparée pour aller nettoyer la tombe de Papy Louis, Bilou a aboyé qu'il voulait venir.. Il voulait aller dire un petit bonjour à son papounet qui le promenait tous les matins en lui racontant la raffle du Vel d'Hiv, les parties d'échec au Fontenoy après la guerre et pourquoi il avait décidé de ne plus conduire. "Bon, d'accord" a dit Mamy Jeannette.
        Seulement, arrivés au cimetière, les deux gardiens de l'entrée principale  ont fait remarquer à Mamy Jeannette un panneau qui disait: chiens interdits même tenus en laisse. En rebroussant chemin, Bilou qui est pourtant d'un caractère facile a fait tout un patacaisse. Il n'a pas pris son repas du soir et il a énervé Lulu jusqu'à ce qu'il grimpe dans le lustre et y reste suspendu en se balançant. Mamy Jeannette les a menacé de les donner en faisant passer une annonce dans "le Chasseur Parisien", mais ça ne les a pas plus impressionné que de les menacer de la SPA. Finalement Mamy Jeannette a cédé et promis à Bilou qu'il irait au cimetière.
      Le matin du 28 Octobre, Antoine le petit-fils passait d'un coup de scooter et  laissait pour 24 heures chrono son sac à dos Eastduchnok à Mamy Jeannette. L'après midi, Mamy Jeannette enfournait son chien dans le sac en lui disant que si il aboyait, elle irait en prison et lui en fourrière. Mamy Jeannette, sac sur le dos, préféra ne pas rentrer par l'entrée principale et tint la fermeture éclair du sac bien fermée. Arrivée devant la tombe, elle posa le sac par terre, l'entrouvrit et Bilou put sortir un bout de truffe pendant qu'elle s'activait au nettoyage, Bilou dit à son papé tout ce qu'il avait sur le coeur: qu'il lui manquait beaucoup, que les promenades avec Mamy Jeannette c'était couci-couça et qu'il espérait qu'il allait revenir vite fait de son nouveau logement. Et comme il était très content d'avoir pu parler à son papé il pissa dans le sac. Dans toutes ses recommandations, Mamy Jeannette n'avait pas stipulé que c'était interdit.

Marie Bataille

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Lundi Chou Farci du 22 octobre : Les temps sont durs

Photo Claude Degoutte





Les temps sont "durs"!

Et pour tout arranger bientôt la Toussaint qui va nous ramener au cimetière. Et les cimetières, pas forcément des beaux, des grands, pas forcément genre petite ville silencieuse aux caveaux sculptés où dorment des cercueils riches et célèbres, non, des paumés en provinces, des minimalistes en banlieues, des coincés entre le périph et le boulevard, des qui vous fichent encore plus le bourdon d'être mortel.
Les temps sont "tristes" pour les tigres du Bengale et de Sumatra. L'espèce va disparaître, dans dix ou quinze ans. La nuit, dans l'épaisseur moite de la jungle, on ne verra plus briller les yeux sauvages du grand chat. Mais il ne va plus y avoir de jungle non plus. Les hommes et leurs petits peuvent dormir sur leurs deux oreilles. Le mangeur d'hommes s'éteint à petit feu et les forêts aussi.
Mais les temps sont "phone", les temps sont "canon", l'homme va plus vite que le son et tirent toujours plus vite que son ombre, les temps sont "mail", les temps sont "stars", les temps sont "nuls" comme  certains matchs, les temps sont en "réserve" et là, la nature prospère, étiquetée, mesurée, balisée, les temps sont "injustes" du Nord  au Sud.
Et puis les temps sont "élastiques" en sautant d'un pont, "touristiques" au bord du Lac du Croissant de Lune qui devait rester comme les tombeaux de Pharaon, une perle d'eau introuvable, les temps sont "musées", "centres culturels" et "tours commerçantes"...
Les temps sont "cliniques", "nobel" et  "prometteurs".  Ah, oui, et les temps sont à la "mondialisation".... Ce matin à la radio, j'entendais l'écrivain Pennac dire qu'une des choses qui le ravissait, c'était d'être dans le silence du Vercors, assis sur le banc de sa maison, seul devant le silence.... Les temps sont "prières", aussi. 

Marie Bataille

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CHOU FARCI DU 16 OCTOBRE : BOUTIQUES ET SOUVENIRS

Photo Claude Degoutte


Boutiques et souvenirs

Quand j'ai quitté ma province, Paris, comme pour beaucoup de migrants, ce fut d'abord l'installation en banlieue. Ce n'était pas la grande banlieue mais celle qui était juste de l'autre côté du périphérique. C'était  une autre petite province avec quelques barres d'immeubles et beaucoup de pavillons de briques et de meulières dans des rues sages et sans saveur, des petites épiceries et des marchands de légumes, des quincailleries, des coiffeurs et des marchands de journaux regroupés près d'une bouche de métro ou des arrêts de bus. Quand on y habitait c'était préférable d'avoir une voiture.
A la moindre occasion, je passais par dessus le boulevard périphérique pour  m'engouffrer dans Paris, l'autre monde. Celui de la ville en lettres capitales à qui les dieux avaient tout donné. De la porte de Versailles, jusqu'à la porte d'Italie, je connaissais toutes les rues qui me menaient, au volant de ma 4CV d'occase, dans l'immense sanctuaire des merveilles, au coeur de l'écrin, dans ses zones d'ombres et ses beaux quartiers, ses délires d'architectes et ses faubourgs populaires. Je découvris, d'abord et surtout, Paris la nuit, et pour cause, le jour, je travaillais.
C'est la mère d'un ami qui me fit découvrir peu à peu Paris, le jour, le mercredi. Je ne dirai rien d'elle. Son souvenir est tout entier dans les rues et les magasins de "notre" Paris. Il y a surtout une boutique de luminaires boulevard Raspail. Denfert Rochereau était seulement une place assez tranquille avec un lion monumental dont on fit le tour. Quand on emprunta le large boulevard calme et arboré avec au loin la promesse de Montparnasse, on arriva tout de suite au magasin, seul et chic. Beaucoup trop chic pour mon porte-monnaie. Mais à cause de toute la lumière qui jouait dans la vitrine, du cadeau qu'elle me fit, et pour un tas d'autres  raisons, ce magasin de Paris devint l'un de mes "monuments préférés".  Depuis, je passe et repasse devant ce magasin, en bus, en taxi, à pied ou en voiture avec la même émotion intacte.
Alors quand l'an dernier, sa devanture s'est éteinte annonçant des travaux et une fermeture, la modernité volait scandaleusement un de mes premiers souvenirs parisiens. J'ai ressenti une catastrophe imminente. Heureusement quelques mois plus tard, le magasin  rouvrit ses portes avec, miracle, la même enseigne. D'autres lampadaires chic et choc brûlent de nouveau sur la belle avenue. Sans doute  pour ne pas laisser mourir cette petite flamme d'un après-midi, ou une jeune-fille en fleur devenait une "parisienne". 
Marie Bataille

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Lundi chou farci du 8 octobre : Les arbres de l'avenue.


Photo Claude Degoutte

Les arbres de l'avenue

"Cet arbre sera abattu pour des raisons de sécurité". Un arbre en face de chez moi porte ce panneau agrafé sur le tronc. Ca me fait penser à un intellectuel  "révisionniste" du temps de Mao à qui les Gardes Rouges avaient attaché autour du cou une pancarte qui dénonçait ses crimes bourgeois. Cet arbre malade doit se dire qu'il n'est pas né au bon endroit, au bon moment et qu'il sera guillotiné sans procès.
Dans une forêt, le temps lui aurait été donné de voir ses racines dépérir, son tronc se couvrir de mousse et de parasites et par une nuit d'orage et de vent il serait tombé foudroyé en travers d'un sentier, en écorniflant au passage deux ou trois voisins et amis, d'essences différentes.
Mais dans les rues de Paris, l'arbre n'a pas de vrais amis . Il est une espèce de potiche ornementale et utile en bordure de trottoirs, qui fait de l'ombre, nous redonne un chouya d'oxygène, fait paravent et décore. Personne ne lui parle, les chiens lui pissent dessus, les pigeons, les corneilles et les moineaux s'en servent de perchoir et le décoiffent et s'y disputent, les vélos s'y reposent, les déchets s'y entassent. Ils sont élagués quand ils gênent, sans tenir compte de la saison. Ils ont pour boire et pour manger des carrés de terre ridicules et leur racines s'enfoncent dans du macadam dur comme des sandwiches quidatent.
Les plus chanceux sont au bord d'un étang, au milieu de pelouses vertes dans des parcs et des jardins. Ils ont un peu plus d'égards, on les égratigne pour y graver un coeur, des initiales ou des prénoms et ils seront pour toujours l'arbre des promesses, l'arbre d'un lieu ou d'une naissance. A la belle saison, on les regarde d'un balcon et on rêve au dessus de leur fourrure de feuilles, au temps qui passe et aux beaux jours de la vie. A l'automne, les enfants ramassent leur or qui tombent par poignée et l'hiver leur squelette fait patienter.
Savent-ils, ces arbres de ville, qu'il y a des forêts profondes, des vallées secrètes, des chemins perchés, avec des arbres libres et penseurs, des arbres devant lesquels les hommes s'agenouillent et se prosternent, parlent et pleurent, des arbres qui cachent des animaux menacés, des maisons et des tribus perdues, des arbres qui soignent, qui protègent, qui ont des siècles de savoir et de secrets, des arbres qui se battent contre la dévoration des hommes de ce siècle affamé?
Il est conseillé d'être poli avec le chauffeur de notre bus quotidien, alors en sortant de chez vous, parisiens, dites aussi bonjour à votre arbre!
Marie Bataille
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Lundi Chou farci du 1er octobre : les "20 flops" de la rentrée

Photo Claude Degoutte

les "20 flops" de la rentrée

Courir après le bus.
Faire quelques UV, histoire de prolonger une illusion.
Faire terrasse au café du coin seulement parce qu'on a recommencé à fumer.
Demander aux enfants ce qu'ils veulent pour dîner.
Eviter la concierge parce qu'on n'est toujours pas allée reprendre son orchidée amazonienne.
Ne plus aller au cours de Taï Chi parce que le prof a changé : cette année, Gaëlle  remplace Jérémie.
Afficher dans le bureau les ponts du mois de Mai et ses RTT.
Demander à son fils ainé les dates du Bac.
Penser déjà son cadeau de Noël.
Garnir le congélateur de glace au caramel beurre salé pour se croire encore en Bretagne.
Changer de canapé pour mieux prendre racine devant la télé.
Jouer au Loto pour pouvoir s'offrir un jour l'I Phone 8.
Rentrer dans le RER en disant "Salut Tout le Monde" comme ça se fait au
café-tabac de son village.
Descendre les valises à la cave.
Traîner dans l'appartement le samedi matin en tongs et paréo.
Se remettre à parler au chat.
Ne plus vernir les ongles de ses doigts de pied.
Ne plus chanter sous la douche.
Se regarder de haut en bas dans la glace et filer illico se peser. 

 
Marie Bataille


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Chou farci du 24 septembre : Règles de vie

Photo Claude Degoutte

Règles de vie

Le syndic a rappelé à l'ordre les habitants de l'immeuble... Trop de laisser-aller! Pour commencer, il est vivement recommandé de parler avec modération, en évitant de hausser la voix, chez soi et dans les parties communes. Au chapitre ménage, on nous dit qu'on ne doit rien étendre aux fenêtres, rien secouer, à l'exception des chiffons pour dépoussiérer, mais seulement  entre 8 et 9h, pas de balais, pas de torchons, pas de tapis... En résumé, plus de ménage... Les féministes applaudiront! Les animaux doivent restés barricadés. Et les chiens seront  bien entendu tenus en laisse. Loulou le chat qui zone tous les jours dans les escaliers va donc devenir un hors la loi!  Pour finir, on comprendra que dans le vide-ordure, moins on y jette de trucs sales plus il est propre. Donc on n'y jettera presque rien et seulement dans des sacs plastique super blindés qui n'exploseront pas en tombant pour ne pas mettre du caca partout.
            Ah!.. Bonne mère! Où est-il le temps béni de mon enfance chez Mamy Dubois, dans le vieil immeuble de la Rue St Rome ou les sept étages surplombaient une cour cimentée qui résonnait comme un théâtre. Le décor : des paires de chaussettes et des slips XXL qui séchaient aux balcons. Les bruits: des scènes de ménage shakespeariennes qui nous confirmaient que le Père Combert était toujours, malgré son âge, le Don Juan du quartier, les aboiements de Youki oublié tous les week-end et qui se défoulait en allant d'une fenêtre à l'autre, les confidences de deux insomniaques, Madame Henri veuve de son état et Madame Lecoq mariée et mère de cinq enfants, les retours alcoolisés et hésitants de Mr Legras qui se prenait pour Luis Mariano. Mais le matin, quand tout ce petit monde descendait l'escalier et traversait la cour ce n'était que des bonjours gracieux et des comment allez-vous sincères suivis de rendez-vous pour l'apéro. Les excès en tout genre de la veille donnaient lieu à d' aimables moqueries censées servir quand même d'avertissements. On n'affichait aucun papier mais quand la coupe débordait et que les sarcasmes ne suffisaient pas, on se faisait la gueule pendant deux jours. Quand c'était calme au point d'entendre une mouche voler, c'était très mauvais signe. C'est qu'une vie, tristement, s'en allait ou était déjà partie. Et si un marmot l'oubliait, une taloche sans commentaire le rappelait, au silence et au respect.
           Et vous allez me demander si je trouvais tout ça génial? Ben oui. Y avait pas de concierge, pas d'affichage, pas de lois mais la cour était propre et lavée à grande eau, les marches de bois blanchies au Javel. La  tonitruance de la vie tenait la dragée haute à la mort. Restaient les paires de baffes! Ca par contre, on aurait pu s'en passer, mais moi et les autres nous étions devenus des  maîtres dans l'art de l'esquive et des courses poursuite!

Marie Bataille

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Lundi Chou Farci du 17 septembre : 20 bonheurs de vacances

Photo Claude Degoutte

 

  20 bonheurs de vacances

Recevoir et envoyer une carte postale avec un joli timbre.
Ecrire sur des galets les événements heureux de l'année : 

rencontre Georges Clooney Mars 2012, ou Bac d'Antoinette Juin 2012 ou aussi Popol a arrêté de fumer (5ème édition) Mai 2012....
Mettre dès qu'on se lève son chapeau de paille .
Porter une robe de lin transparent comme Néfertiti.
Ne plus écouter la radio.
Ne plus regarder la télé.
Apprendre les nouvelles du monde avec trois jours de retard.
Parler anglais.
Faire du scooter sans casque.
Partir se baigner à 8h du soir ou à 9h du matin.
Boire plus que de raison un soir de retrouvaille.
Lire un roman qu'on n' oubliera jamais.
Voir la vie en lunettes de soleil.
Avoir la peau qui sent bon l'ambre solaire.
Boire dans des grands verres pleins de glaçons.
La nuit, aller loin des lumières pour voir des étoiles filantes et faire des voeux.
Avoir autant de paires de sandales que de jours dans la semaine.
S'endormir sur la poitrine de son chéri et renifler son tee-shirt plein de sel.
Cueillir un fruit à l'arbre et le manger.
Voir au moins un feu d'artifice.


Marie Bataille


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Lundi Chou Farci du 10 septembre : Rentrez donc !

Photo Claude Degoutte

Rentrez donc !

Finis les lundis clafoutis, on passe à du sérieux, un truc qui tient au corps, le chou. Donc désormais ça sera Lundi Chou Farci. Un peu lourd?... Pour s'alléger, regardons les gazelles des jeux paralympiques sur leurs spatules! Des Ibis mutants. On oublie en les regardant que ces filles et ces types du 3ème type portent des prothèses. Moi je vois des nouveaux humains, souvent beaux, qui défient les lois de la gravité, de l'adresse et de la souplesse, de l'humilité, de l'intelligence et de l'amour de soi... Je me doute qu'ils aimeraient beaucoup faire encore partie du club des deux bras deux jambes qui parfois se la pètent ou chipotent un arbitrage. Mais tous ces sportifs à qui il manque quelque chose, finalement sont comme mon chou farci, bien entier et bien plein à l'intérieur.
            Sportif, aussi, de retrouver Paris quand on a passé quelques semaines, perdue dans la campagne profonde. Mieux vaut également muter assez vite si on veut réussir à monter dans le bus aux heures de pointe. Sur mes routes secondaires qui attendent l'automne, quand on croise quelqu'un, connu ou inconnu, on dit toujours bonjour. Pas seulement par politesse, mais par curiosité, pour envoyer un son de voix humaine à l'autre de la même espèce. Un peu comme les chiens qui se reniflent le cul.
                   Enfin sportif avec l'esprit d'équipe, il faut l'être, quand on retrouve ses voisins, son chef de service, l'emploi du temps de son fils lycéen, la chambre de sa fille qui a invité Tout Paris, la gueule du chat Loulou qui vous en veut d'être parti sans lui, le Président de la République, ses ministres, les journalistes et la télé, le stationnement, les prunes et la pollution, les jours qui passent égoïstement à farcir du chou, quoi!
                        Faudrait atterrir là!... Les jeux, le sport, Londres, Les Seychelles, la bronzette, le Bob sur le chou, le vélo sans Vélib, le maillot deux pièces, les bonnes glaces le soir sur la promenade, c'est fini! Allez on rentre... et plus vite que ça! 

Marie Bataille


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Lundi Clafouti du 3 septembre : Lettre à mon cousin

Photo Claude Degoutte

Lettre à mon cousin

Cher Cousin Loulou,          
         Mon île est redevenue calme. Les touristes sont presque tous repartis et je peux de nouveau m'installer sur une chaise ou une table du restaurant de mon maître sans que personne ne me chasse. Les jours commencent à raccourcir. La lune vient s'asseoir de bonne heure dans le ciel pour me regarder. Je lui fais un peu la conversation. Je lui dis que j'ai de la chance, que l'aubergiste est un bon maître et qu'il m'a acheté un collier anti puces. Nous ne sommes pas nombreux à en avoir un sur cette île où les chats sont traités comme des moins que rien. Le matin j'aime aller au port sentir l'odeur du poisson frais et du poulpe. Quand le bateau des voyageurs arrive de l'île voisine, il est presque vide et les gens avec des bagages ou des sacs à dos sont de plus en plus rares. Plus grand monde non plus aux terrasses des cafés. Je vais commencer à m'ennuyer. Il n'y a plus de petites filles blondes pour me caresser, me dire de jolies choses et vouloir m'emmener dans leur lointain pays. Il n'y a que les enfants d'ici qui ne font pas beaucoup attention à moi et qui me prennent seulement pour un mangeur de cafards. Quelquefois je longe le chemin de la plage et je m'installe sur un muret pour écouter la mer. Elle aussi se plaint de ne plus entendre beaucoup d'éclats de rire, de cris et de flip-flap. L'île tout entière va bientôt s'endormir, les portes des boutiques se refermer, les marchands de glaces disparaître. Le ciel va nous manger tout cru en silence.
            Je confie cette lettre à ta maîtresse qui va fermer sa valise et revenir  vers toi pour toute une année. J'attendrai son retour et ta lettre. Comme d'habitude parle-moi de Paris, de ta vie en appartement, de ton docteur vétérinaire, de tes tapis et de tes fauteuils, de tes voyages en voiture, de tes boîtes de croquettes et de quelques nouveautés.
            Je te souhaite un jour de pouvoir découvrir mon île perdue et je me souhaite un jour de te rendre visite. Je ne sais pas comment tout cela sera possible mais avec le progrès et l'amour que nous portent certains humains, nous aurons peut-être l'occasion de nous rencontrer.
               Mon cher cousin, reçois mes ronrons les plus chers et mes miaulements distingués.
                Ton cousin Zorba 

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Lundi Clafouti du 27 août : Patou

Photo Claude Degoutte
Patou

Quand je serai grand
je veux devenir chien,
chien de berger évidemment.
Gros patou blanc
qui court dans les champs
sans laisse ni collier.
Ma soeur Clara et son fiancé
seront bien sûr deux gros moutons
et mon papa,
ça va de soi,
sera un ogre ou un loup des bois.
On vivra tous à la campagne
et ça, qu’est ce que ça me plait !
Ma maman sera une belle vache
et on boira des litres de lait.
Quand je serai grand
je serai le roi, évidemment,
                                           des patous blancs....


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Lundi Clafouti du 20 août : Adresse

Photo Claude Degoutte

Adresse

A Roquefort, c’est un peu fort !
j’ai découvert un grand secret.
Sur la route, vers la gare,
un coup à gauche, un coup à droite
après la ferme des trois canards,
y a une rue au nom bizarre
au nom qui fiche les jetons....
Dans cette rue qui est cachée
à deux pas de la voie ferrée,
y a une drôle de maison
avec des murs en béton
et une énorme cheminée.
Sur le trottoir d’en face,
devinez ce qui est garé ?
Une voiture américaine aux grosses ailes
jaune citron.
Et alors me direz-vous ?...
Eh bien figurez-vous
que ça file des frissons
parce qu’au coin de cette rue
sur une belle plaque en plomb
on peut lire en toutes lettres :
Rue du Loup

Marie Bataille

a lieu à Arbas le dimanche 19 août

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Lundi Clafouti du 13 août : la Maison du Soleil

Photo Claude Degoutte


La Maison du Soleil.

Elle est bâtie en grosses pierres crépies au bord du ruisseau, au fin fond du Comminge. Elle est faite pour le soleil, pour les étés caniculaires des plaines du Sud Ouest, pour les hivers rudes d'autrefois. Elle sait prendre la lumière à travers les persiennes et garder à midi la fraicheur du petit matin. Elle est souveraine pour  jouer avec les rayons du soleil qui ont réussi à se glisser entre les lattes de bois et font des taches dorées sur le parquet de chêne clair. L'acajou des vieux meubles démodés, les rideaux et les tentures, les bibelots, la place des choses font qu'elle est unique, démodée et sereinement vieillote. Au milieu du jour quand il fait trop chaud dehors, on se laisse aller à la sieste dans une tiédeur parfumée de lit défait et de fleurs d'acacia, de bois moisi et de cuir. Et le soir la fraîcheur revient comme un thé glacé.
Elle a été bâtie pour durer et elle dure. Les escaliers ont souffert, les couloirs s'effritent, les lumières pâles vacillent parfois, les fenêtres enflent aux intempéries mais elle tient le coup hiver après hiver, se régénérant été après été. Elle m'attend. Elle attend la clé dans la serrure, le retour du maître des lieux pour se réveiller. Elle est fidèle comme un chien. Elle sait que je vais revenir.
Je l'ai quittée cent fois en pensant ne plus y mettre les pieds, je l'ai délaissée, oubliée, je lui ai fait faux bond, je l'ai détestée,  reniée, j'ai voulu la vendre mais elle ne m'en a jamais voulu. Elle ne s'est jamais vengée par un quelconque dysfonctionnement. Elle garde en état ce que mes pères lui ont confié. Elle sait qu'on s'appartient. Alors elle me prend comme je suis : libertine, changeante , égoïste. Elle sait qu'elle est le ventre dans lequel j'ai grandi, sauvé mon âme et ma peau et que c'est là que je reviendrai disparaître et me perdre en cendre quand l'éternité sonnera. Qu'enfin je serai tout à elle et à personne d'autre.
Marie Bataille

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Lundi Clafouti du 6 août : L'Aventura


Photo Claude Degoutte

L'Aventura

Partir en voiture, partir en avion, en train, ces départs se ressemblent : le temps a main mise sur eux, ils sont terriblement modernes, le temps c'est de l'argent! Partir en ferry, sur la Mer Egée est une autre histoire, un pur poème. Les horloges ne sont que des seconds couteaux. Seuls le vent et la mer gouvernent le voyage.
J'adore sous la canicule de l'été, à peine rafraichie par la brise qui balaye toujours un peu le port, attendre ces grosses carcasses qui se pointent à l'horizon de la mer bleue. On surveille sa montre, la mer est d'huile mais rien ne vient à la minute près. Et puis quand on commence à somnoler sur son sac ou sa valise, une corne fend l'air. Il arrive, géant, énorme, en glissant comme un patineur obèse. Il ouvre sa porte pont levis comme une boite de sardines, se déculotte, crisse, frotte, gémit et lâche d'un coup, son flot d'hommes et de femmes chargés de balots et d'enfants qui s'accrochent aux basques ou aux épaules. Et puis suivent les camions gorgés jusqu'à la gueule, les motos, les voitures. Tout ça sort du même ventre et rien ne dit que le ferry repartira dans les temps.
Les jours de grands vents, l'affaire se corse. Le bateau prévu ne viendra pas et dans le pire des cas vous resterez sur place, sur votre île perdue. Billet d'avion, chambre réservée, rendez-vous, tout ça partira en fumée. Mais les choses se modernisent! L'agence vous téléphonera au dernier moment et vous dira de boucler vos malles dans l'heure qui suit et au lieu d'un seul voyage vous ferez escale sur des îles imprévues  et du coup embarquerez sur deux ou trois mastodontes qui n'ont peur de rien, même pas d'une mer démontée. Le voyage qui devait durer deux heures, en prendra quatre, mais vous serez à l'heure pour prendre votre avion...
Mais peu importe tout ça... Un de mes bonheurs grecs c'est de sentir le ferry qui quitte le quai, dans le bruit des cordages qui souffrent, de la corne qui dit adieu, voir les maisons qui rapetissent, perdre les détails de la côte, ne plus bien voir les mouchoirs qui s'agitent, abandonner une île posée sur l'eau comme on laisse un amour inconsolé, avec l'unique pensée de revenir.

Marie Bataille 
 
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Lundi Clafouti du 30 juillet : le temps perdu

Photo Claude Degoutte


Le temps perdu

C’est l’heure de la mer qui s’étire
sans vague
derrière les tamaris alignés sur le sable.
Joseph enfile des coquillages
dans son fauteuil de toile usée,
devant les tables vides du café.
Le paysage est épuisé
comme après un labour,
et la musique du pick-up
fredonne des chansons d’amour
à l’oreille de l’éternité.
Les deux chiens roux se sont assis.
Ils guettent l’horizon du jour,
ils attendent quelqu’un qui ne viendra plus
et se laissent caresser par l’incompréhensible main de Dieu.
On a envie de crier très fort
un prénom, un souvenir,
mais on se tait pour ne pas effrayer
cette terrible absence.
Pour laisser peut-être son ombre
tranquillement revenir
se baigner nue.
 
Marie Bataille

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Lundi Clafouti du 23 juillet : l'été grec

Photo Claude Degoutte

L'été grec

Ruiné, critiqué, vilipendé, à bout de souffle, le pays du Parthénon, d'Ulysse, d"Agamemnon, d'Egée et de l'Olympe fait honte à l'Europe....
Pourtant dans le dédale des Cyclades, sans doute en souvenir de l'Odyssée, les petites îles restent tranquillement posées sur l'eau. Sur mon île rien n'a changé. Elle a gardé le ciel infini ou, la nuit, la pleine lune se pose comme une hostie, une lune si énorme qu'il n'y a pas besoin de fusée pour y aller. Elle a gardé les lauriers en fleurs, les bougainvilliers flamboyants, ses maisons blanches et carrées comme des morceaux de sucre, sa plage bordée de tamaris, ses chemins de terre poudreuse et ses collines battues par le vent quand il souffle. Ma petite île continue de respirer comme avant, en crachant son haleine brûlante tétée au soleil. Le matin on est réveillé par le bruit d'une moto, le cri d'une vieille.ou la conversation aigüe d'une cloche .
Paris, Bruxelles, l'Europe, les sommets, les communiqués, lui passent au dessus, comme un petit nuage de chaleur qui n'éclate jamais. Pendant que les hommes d'affaires comptent l'argent de leur bourse, calculent leur avenir, pèsent leurs sacs de farine, mon île posée sur l'eau accueille l'été, comme l'enfant béni des Dieux qu'on recoiffe d'un geste tendre. Le savoir vivre, le bonheur d'être, ça ne se commande pas!
On boit l'ouzo jusque tard dans la nuit, on déjeune à la taverne et les vieilles en noir prennent le frais devant la porte à la tombée du jour. En noir, il n'y a pas que les vieilles veuves... Il y a aussi le pope qu'on aperçoit de temps en temps à la croisée des chemins! 
Mais depuis ce matin, deux nouvelles hirondelles sont apparues. Pendant que je sirotais mon expresso à la terrasse d'un café du port, j'ai vu passer deux ombres noires voilées de la tête au pieds. Deux jeunes jumelles jamais vues dans les ruelles envahies, l'été, par des baigneuses scandinaves recouvertes de courts tissus pastels et transparents, ornés de fines dentelles. Les deux ombres noires rejoignaient un luxueux 4x4 aux vitres teintées garé plus loin qui allait sans doute les ramener dans une des somptueuses villas perchées sur les collines, à l'écart du village. Elles allaient d'un pas léger. Il faut dire que même en plein soleil au bord de l'eau, il fait moins chaud l'été, sur une île grecque, qu'à Dubaï ou Riyad !    

Marie Bataille


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Nouvelle rubrique estivale : LUNDI CLAFOUTI

Lundi Clafouti du 16 juillet : la vie est un poème
Photo Claude Degoutte

La vie est un poème

De mon balcon blanc et bleu, je vois la mer, la plage et sa rangée de tamaris, des terrasses et des bouquets d'arbres, j'entends des voix qui parlent une langue que je connais mal.  Je me souviens du début d'un poème :

                         Il est une heure exquise à l'approche des soirs
                         Quand le ciel est empli de processions roses
                         Qui s'en vont effeuillant des âmes et des roses
                         En balançant dans l'air des parfums d'encensoirs..
.

Je revois une classe aux grandes baies vitrées donnant sur une cour, un pupitre posé au milieu d'une estrade, le grand tableau noir derrière. J'entends mon nom appelé par la voix particulière de mon prof de français. Une voix à la fois aigüe et un peu rocailleuse. Mme Baudis a les cheveux blancs neigeux, tirés et attachés en chignon banane. Elle porte souvent un chemisier en soie imprimé et une jupe blanche. Sa corpulence, sa coiffure, ses lunettes cerclées de noir, rien n'invite à la décontraction. Et pourtant en ce jour de contrôle de poésie, j'arrive légère et dilettante. J'ai peu de mémoire. Retenir des suites de mots me demande une discipline de fer souvent mise de côté. Je ne connais q'un seul poème. La Fontaine, Musset Lamartine et autres pointures peuvent aller se faire voir ailleurs. J'ai fait l'impasse. Ce sera le poème libre ou rien. Quand j'arrive devant l'estrade, j'ai une chance sur six de tirer le bon papier plié en quatre. Il m'arrive d'avoir de la chance...
"Je vous écoute". Je tends le petit papelard...  Jean de la Fontaine!  Je récite les deux premiers vers et je m'arrête. La prof me regarde. Silence total dans les rangées de tables. L'inexplicable se produit. Une des meilleures élèves de la classe n'apprend pas ses poésies. Mme Baudis regarde par dessus ses lunettes et me propose froidement contre quelques points en moins de tirer un autre papier. Une chance sur cinq. Cette fois, c'est Lamartine. J'en sais un peu plus long, une strophe ou deux, mais inutile de faire perdre du temps à tout le monde. J'annonce la couleur. Je n'en sais qu'un seul par coeur, c'est le poème libre. Les yeux par dessus les lunettes fulminent. Ils demandent des explications à  cette suffisance. Je n'ai rien à répondre. Je repars avec un zéro, note qui me prive des félicitations sur le bulletin du second trimestre. Ca n'a aucune importance. Ce qui me navre le plus, c'est que personne n'a entendu ce poème mineur qui me ravissait, le seul que j'avais jugé digne de mes terribles efforts. Le seul que quarante ans après je peux encore énoncer, un soir après la plage. Celui qui dans ces années droites, sévères et guindées, criait ma révolte, ma désobéissance, mon adolescence, ma fougue, celui qui disait les chemins incontrôlables que j'allais choisir :

                            Alors tout s'avivant sous les lueurs décrues
                            Du couchant dont s'éteint peu à peu la rougeur,
                            Un charme se révèle aux yeux las du songeur :
                            Le charme des vieux murs au fond des vieilles rues.


Marie Bataille

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Lundi Ravioli du 9 juillet : Pour Marina et autres anges...

Photo Claude Degoutte

 Pour Marina et autres anges...

Moi qui écris des histoires pour les enfants, pour leurs yeux tout ronds d'étonnement et de mystère, leur rire frais comme une source claire, leurs questions pleines d'amour et de bon sens, je suis clouée de douleur quand les médias nous révèlent qu'un de ces petits visages dignes a été torturé, bafoué, démoli, assassiné.
            Placard, lit souillé, chaise ficelée, malle-tombeau et autres martyrs sont le sort que certains parents réservent à leur progéniture. Ce n'est pas de la colère, de la haine mais un flot de larmes brulantes et douloureuses qui me monte aux yeux en pensant à toutes ces frimousses défaites et trahies par leur père et leur mère, tous ces regards incrédules qui doivent se demander encore et encore, inlassablement, autant de fois que toutes ces petites têtes ont  heurté les murs, quelle horrible faute elles avaient bien pu commettre au point de tant souffrir.
              J'aimerais qu'il existe un mémorial pour les enfants battus, battus à mort. Une statue qui s'élève quelque part vers le ciel, tendue vers leur âme inconsolable et qui fasse exploser les murs silencieux, l'insondable solitude, un monument de marbre pour réconforter leur chagrin éternel. J'aimerais qu'il y ait un jour pour ces enfants qui ne l'ont pas été, un jour de grâce, discret comme fut leur lente agonie, un jour de printemps qui associerait la fête des fleurs et des papillons, autres choses fragiles du monde, promises, elles aussi, à la vie pour très peu de temps.
            J'aimerais que les mains assassines ne puissent plus retomber comme une chape de plomb sur leurs victimes, que rien ne musèle plus le cri souvent tu de ces enfants, que le regard des autres passe à travers les caves et les volets pour obliger ces démons bon voisins à tomber le masque avant qu'ils se soient repus de la chair de leurs petits.  

Marie Bataille

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 "Lundi Clafouti"...

 


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