" MARIE BATAILLE auteur littérature jeunesse, livres pour enfants, presse, roman feuilleton: Lundi Clafouti du 6 août : L'Aventura

Lundi Clafouti du 6 août : L'Aventura


Photo Claude Degoutte

L'Aventura

Partir en voiture, partir en avion, en train, ces départs se ressemblent : le temps a main mise sur eux, ils sont terriblement modernes, le temps c'est de l'argent! Partir en ferry, sur la Mer Egée est une autre histoire, un pur poème. Les horloges ne sont que des seconds couteaux. Seuls le vent et la mer gouvernent le voyage.
J'adore sous la canicule de l'été, à peine rafraichie par la brise qui balaye toujours un peu le port, attendre ces grosses carcasses qui se pointent à l'horizon de la mer bleue. On surveille sa montre, la mer est d'huile mais rien ne vient à la minute près. Et puis quand on commence à somnoler sur son sac ou sa valise, une corne fend l'air. Il arrive, géant, énorme, en glissant comme un patineur obèse. Il ouvre sa porte pont levis comme une boite de sardines, se déculotte, crisse, frotte, gémit et lâche d'un coup, son flot d'hommes et de femmes chargés de balots et d'enfants qui s'accrochent aux basques ou aux épaules. Et puis suivent les camions gorgés jusqu'à la gueule, les motos, les voitures. Tout ça sort du même ventre et rien ne dit que le ferry repartira dans les temps.
Les jours de grands vents, l'affaire se corse. Le bateau prévu ne viendra pas et dans le pire des cas vous resterez sur place, sur votre île perdue. Billet d'avion, chambre réservée, rendez-vous, tout ça partira en fumée. Mais les choses se modernisent! L'agence vous téléphonera au dernier moment et vous dira de boucler vos malles dans l'heure qui suit et au lieu d'un seul voyage vous ferez escale sur des îles imprévues  et du coup embarquerez sur deux ou trois mastodontes qui n'ont peur de rien, même pas d'une mer démontée. Le voyage qui devait durer deux heures, en prendra quatre, mais vous serez à l'heure pour prendre votre avion...
Mais peu importe tout ça... Un de mes bonheurs grecs c'est de sentir le ferry qui quitte le quai, dans le bruit des cordages qui souffrent, de la corne qui dit adieu, voir les maisons qui rapetissent, perdre les détails de la côte, ne plus bien voir les mouchoirs qui s'agitent, abandonner une île posée sur l'eau comme on laisse un amour inconsolé, avec l'unique pensée de revenir.

Marie Bataille 
 
les "Lundi Clafouti" sont sur : http://checkthis.com/5c7e
et les "Lundi Ravioli" sur http://checkthis.com/hjxx

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